Pièce électroacoustique en 8 pistes
Commande d'éOle / création à Odyssud-Blagnac le 8 novembre 2008 lors du 11è festival Novelum

Diffusion du son : Jacky Mérit


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" Lorsque nos parcours deviennent à ce point complexes de tant d’infinitudes, ce sont nos corps « défaits, refaits, échoués » qui ouvrent à l’intelligence. C’est lui, ce corps, qui écrit le temps, entre les sursauts de l’insecte éphémère et notre résistance, grandie par la gravité. La durée et les suspensions du temps sont les passages obligés de l’histoire humaine en ses trajectoires infirmes qui ouvrent d’un geste à l’autre, à la clarté, en laissant s’immiscer l’espace, « l’entre-deux » du devenir.
Les territoires du corps intime s’inscrivent dans l’espace et le temps et se définissent dans « l’entre-deux » de la proximité et de l’éloignement. C’est de là qu’il tient ses repères. Le corps cherche, à partir de l’absence de « l’autre », des espaces symboliques liés à toutes sortes de perceptions (le haut, le bas, l’air et le poids). Ces perceptions sont toujours reliées au temps et à l’espace, dans lesquels il s’investit pour tenter d’accéder à d’autres territoires, eux aussi symboliques, qu’il habite et qu’il transmet.

Le territoire du corps transite entre l’expression charnelle (la vision du miroir) et le désir d’exprimer l’indicible. Le territoire de la pensée conduit naturellement le corps au poétique. Au fond, il n’y a rien de plus virtuel que le poétique, dans le sens qu’on ne sait pas vers quels espaces il va nous porter.

C’est le corps à l’écoute, telle la musique alors possible, au carrefour de toutes les perceptions, qui ouvre à ces espaces indéfinissables, et qui porte le sujet hors des remparts.

L’absence/le silence, sollicite l’engagement de ce « corps » dans les territoires qu’il prospecte parce qu’il ne les connaît pas encore, à la recherche d’un devenir (dans des trajectoires, des chemins, des phrases...); ou, par rapport à la mémoire de multiples présences, ici ou ailleurs, dessous, dessus, dedans ou dehors... C’est « le partenaire invisible », virtuellement présent même si on ne le connaît pas encore, mais réel parce qu’un regard, un geste, un mouvement… un son, lui est toujours adressés, même dans l’inconnu.

Il y aurait-il finalement nécessité à changer de territoire pour que l’écoute devienne infinie, pour que la banalité du langage habituel se transforme en un émerveillement, pour qu’il soit entendu une fois pour toutes, qu’un geste qui échappe, échappe à la capture ?

Nous faut-il larguer nos amarres du confortable état premier où l’on est, et perdre nos excellentes localisations, qui tiennent l’infini hors des remparts."
Jacky Mérit